Manifestations (300 en quinze jours), occupation jour et nuit de lycées (170) et de facultés (20), pétitions et cours improvisés dans la rue et sur les places publiques, haut-parleurs en main des professeurs : la révolte étudiante s'amplifie contre la réforme scolaire et sert de moteur à une gauche encalminée dans ses perpétuelles divisions.
Une phrase malheureuse de Silvio Berlusconi, donnant à croire qu'il aurait envoyé la police pour dégager les universités, a jeté de l'huile sur le feu. Le brasier de la révolte a rapidement gagné tout le pays : de Turin et Milan à Palerme en passant par Padoue, Rome, Florence et Cosenza, des milliers d'adolescents sont descendus dans la rue pour défendre l'autonomie de leurs établissements. De Pékin, où il se trouvait vendredi, le président du Conseil a retiré des propos qu'il affirme n'avoir jamais tenus.
Quarante ans après Mai 68, un vent de fronde souffle à nouveau sur le monde universitaire. Les manifestations sont plutôt bon enfant, mais les leaders de la contestation sont déterminés à obtenir le retrait de la loi sur l'école que le Sénat devrait adopter avant la fin du mois.
Le slogan de Barack Obama - « yes we can » (oui, nous pouvons) -, fait fureur. De jeunes gens qui commencent l'université avec la conscience que leurs diplômes ne suffiront pas à leur garantir un emploi sont déterminés à « aller jusqu'au bout ». Aucun d'eux ne rejette a priori le contenu didactique de la réforme, le retour au maître unique et à la note dans les petites classes, l'allongement de la durée hebdomadaire d'études ou encore l'évaluation des professeurs au mérite, qu'un grand nombre estiment nécessaire.
En revanche, ils protestent contre la diminution des crédits scolaires, le gel des effectifs et l'ouverture aux capitaux privés.
Alors qu'en France, le budget alloué à l'enseignement supérieur est en hausse cette année l'Italie à choisi de faire le contraire. Face à la crise économique qui s'avance, la réforme Gelmini prévoit de gagner de l'argent en réformant le système éducatif.
Objectif : économiser
La loi Bunetta-Tremonti (de Renato Brunetta et Giulio Tremonti, respectivement ministres de la Fonction Publique et du Trésor) propose de réduire de 1,4 milliard d'euros le budget des universités entre 2009 et 2013, le blocage du recrutement de professeurs et chercheurs dès l'année prochaine (une nomination pour cinq départs à la retraite), et la transformation des universités qui le souhaitent en fondations de droit privés. Ces fondations détiendront le patrimoine de l'université, pourront recevoir des dons, et auront le droit d'accueillir à leur conseil d'administration des acteurs du droit privé. D'ici à 2013, une réduction de 1,5 milliards d'euros est prévue.
Au-delà des universités, la loi propose aussi des changements pour le reste du système éducatif : principalement la réduction des horaires des écoles primaires et la baisse du nombre d'enseignants ( 87000 einseignants seront laissés à la maison). Economie prévue : 7,4 milliards d'euros entre 2009 et 2012.
Face à la réforme, la fronde
Si la manifestation qui eu lieu samedi contre le gouvernement Berlusconi fut un succès (plus de 2,5 millions de personnes), c'est en partie en raison de la vague de mécontentement soulevée par la réforme Gelmini. En effet, les protestations sont nombreuses. Des professeurs ont choisi de donner des cours en plein air, entre autre devant le Parlement italien.
Les protestations devraient culminer jeudi 30 octobre : une journée de grève générale a été lancée par les confédérations syndicales. Une grande manifestation est attendue.